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Ibn Batontah dit (p. 101) que, dans une grande et belle ville, située sur le bord oriental du Sind, et qu'il appelle Djénâny, il rencontra une peuplade nommée les Sâmirah, qui formait la population de cette localité. Il ajoute qu'elle y était fixée depuis l'époque de la conquête de cette ville, du temps de Heddjâdj (vers le commencement du vin* siècle de J. C). Cette réflexion de notre auteur paraîtrait indiquer qu'il regardait la tribu en question comme d'origine musulmane. Mais des détails qu'il donne plus loin sur quelques coutumes singulières observées par elle, prouvent qu'elle appartenait, au moins pour la majeure partie, à la religion brahmanique. Or Firichtah raconte que la portion inférieure de la vallée de fIndus obéit, pendant un siècle, à une famille de Zémîndâr, ou « tenanciers hindous, » nommés les Soûmarah, lyty* '. Il dit plus loin 2 que Nâssir eddîn Kabâtchah, le premier souverain musulman du Sind, après la mort de Kothb eddin Aïbec, affaiblit tellement les Soûmarah, dont les uns étaient musulmans3 et les autres infidèles, qu'il ne resta plus entre leurs mains que la ville de Tatta **^s, les jungles et les places frontières. Aussi se résignèrent-ils à se livrer à l'agriculture

1 Firichtah, édit. lithogr. Bombay, i83i, in-fol. t. II, p. 609, lig. a et suiv. (Cf. M. Reinaud, Mémoire géographique, historique et scientifique sur l'Inde, p. a56.)

* Page 610, lignes 3 et suiv.

3 L'émîr Ounâr Assàmiry, dont parie notre auteur (p. io5), avait aussi embrassé l'islamisme. Plus loin (p. 137), Ibn Batoutali mentionne un prince musulman appartenant à la tribu des Sâmirah du Sind.

et au soin des troupeaux, et vécurent-ils dans la retraite. Mais, après Nâssir eddîn Kabâtchah (mort en 622= i2î5), ils ressaisirent par degrés le pouvoir, et arrachèrent le Sind aux sultans de Dihly. Firichtah parle d'un radjah de Tatta, qui s'appelait rhibéchy, et qui appartenait à la peuplade des Soùmarah '. Plus loin, il atteste que les Zémîndârs du Sind étaient divisés en deux troupes appelées, l'une Soùmarah, et l'autre Satmah (alias Samma ou Soumana) ; qu'à la fin du règne de Mohammed IbnToghlok, grâce aux efforts et à l'aide des musulmans, la puissance passa de la famille des Soùmarah à celle des Satmah, qui donnait à son chef le nom de Djâm2. Enfin, dans son récit du règne de Mohammed ibn Toghlok*, Firichtah rapporte que la peuplade des Soùmarah, laquelle habitait Tatta, avait donné asile à un rebelle. Un auteur persan du xvnc siècle a mentionné une secte hindoue dont le nom et les usages offrent de grands rapports avec ceux des Sârnirah, dont parle notre auteur*.

II.

A l'article de Dihly, dont il donne une description fort détaillée et pleine d'intérêt, Ibn Batoutah dit (p. i46) que cette ville fut prise par les musulmans dans l'année 584 (1188 de J. G). Plus loin (p. 161), il répète la même date, en citant comme son garant le kâdhi suprême de l'Inde, à l'époque où il s'y trouvait.

'Page 6i3, lignes 4 et 3 a fine. 1 Tome II, p. 615. Tome I, p. 257. 'On peut voir ce passage du Dabistân, cite et traduit dan.' une note de M. Lee, p. «oo.

Il ajoute même qu'il l'a vue retracée sur le mihrâb ( chœur ou autel) de la grande mosquée de Dihly. Mais nous devons faire observer qu'un auteur persan qui vivait dans la première moitié du xme siècle, et dont le témoignage a été admis par Firichtah, atteste que Dihly a été conquise par Kothb eddîn Aïbec, en l'année 588 seulement (1192 de J. C. ').

Ibn Batoutah consacre plus de cinquante pages à retracer l'histoire des souverains de Dihly, depuis Kothb eddîn Aïbec, jusqu'à Mohammed ibn Toghlok chah, sous le règne duquel il visita l'Inde. Nous avons eu soin de comparer son récit avec ceux de l'auteur des Thabakâti Nâssiry, de Khondémîr (dans son Habib assiyer) et de Firichtah, et nous l'avons généralement trouvé d'accord avec ces écrivains. Mais comme il ne donne pas une seule date, et qu'on pourrait être embarrassé, dans la lecture de cette partie de son ouvrage, par ce défaut d'indications chronologiques, nous croyons devoir insérer ici un tableau offrant l'époque de l'avènement de tous les empereurs de Dihly antérieurs à Mohammed ibn Toghlok2.

'Thabakâti Nâssiry, vas. persan i3, Gentil, fol. agi r° et 3oo v"; Firichtah, t. I, p. 10a, lig. 5, et 106, ligne i5.

1 Pour dresser le tableau suivant, nous avons fait usage des trois historiens persans cités plus haut; nous avons de plus mis à profit un savant travail de M. Edward Thomas (On tke coins of the patan sultans of Hinduslan, London, 18^7, avec un supplément, ibidem, i85a), qui a rectifié, à l'aide des médailles, plusieurs des dates données par Firichtah. (Voy. surtout les pag. 4i, 45,1 aa et 139.) Nous devons faire observer que, dans son premier travail (p. 37, note), M. Thomas a fait dire à Ibn Batoutah une chose qui ne se trouve pas dans notre auteur. Il s'agit de la mort de Nâssir eddîn, fils de Balaban et gouverneur du Bengale, mort que, d'après M. Thomas, qui cite comme garant le travail de M. Lee (p. 116), Ibn Batoutah aurait placée en 68g. Or il n'est question de rien de pareil ni dans la relation originale, ni dans l'abrégé. On y lit seulement (p. 175 ci-dessous, et page citée de l'abrégé) qu'à l'époque de la mort de Balaban, son fils Nâssir eddîn se trouvait dans la province de Lacnaouty. M. Thomas parait avoir été induit en erreur par ce qu'on lit plus loin (p. 118) dans la traduction de M. Lee, à savoir, que Nâssir eddîn mourut deux ans après son entrevue avec son fils Mo'izz eddîn. Mais les mss. de la relation originale portent (jO^~ « des années •, et non çjyjw «deux années» (voy. p. 179 ci-dessous).

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Des dix-huit souverains inscrits sur cette liste, trois (le 3e, le 7" et le 8e) ont été omis par Ibn Batoutah. Notre voyageur n'a pas fait mention non plus d'un enfant de trois ans, fds de Mo'izz eddîn Keï kobâd, et qui fut placé sur le trône, sous le nom de Chems eddîn Keïoumors, lorsque son père se vit atteint de paralysie1.

1 Khondémîr,t. III, fol. io3 r\ Firichtah, t. I, p. i52, i53.

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