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Nous ne croyons pas nécessaire d'indiquer les différen. ces de détail qui existent entre le récit d'Ibn Batoutah, et ceux des historiens persans, la plupart plus récents'. Outre que ces différences ne sont généralement pas d'une grande importance, elles ont été en partie signalées par M. Lee, dans ses notes 2. Le même savant a eu soin de faire remarquer d'autres points sur lesquels notre auteur est parfaitement d'accord avec Firichtah 3. Il nous serait facile de multiplier ces rapprochements. Mais nous croyons qu'il suffit, pour faire sentir toute l'importance du récit d'Ibn Batoutah, de rappeler que celui-ci a puisé ses renseignements sur les lieux mêmes, et qu'il cite commeson principal garantle grand jugede l'Hindoustan.

D'ailleurs, il est probable que, pour ce qui concerne les événements accomplis depuis la mort du sultan Balaban, c'est-à-dire pendant la période d'environ un demisiècle qui précéda son entrée dans l'Inde, Ibn Batoutah a pu en recueillir les détails de la bouche de témoins oculaires. Il lui arrive plus d'une fois de rapporter les propres paroles de témoins de cette espèce4. Un détail qui peut prouver combien notre auteur a été, en général, exactement informé, c'est ce qu'il ajoute (p. 178)

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à propos de l'entrevue qui eut lieu entre le sultan Mo'izz eddîn et son père, Nâssir eddîn, à savoir, qu'elle fut appelée la rencontre ou conjonction des deux astres heureux , et que les poëtes la célébrèrent en foule. Or Firichtah, qui place, il est vrai, cette entrevue sur le fleuve Sérou (Sareyou ou Goggrah), et non sur le Gange, et qui la met deux années après l'époque que semble indiquer Ibn Ba

toutah, cite un poëme qui fut composé à cette occasion • par le célèbre émîr Khosrew Dihléwy, et qui porte le titre de Mesnéwy de la conjonction des deux astres heureux 1.

Si, pour les temps antérieurs à l'avénement de Mohammed ibn Toghlok châh, le récit d'Ibn Batoulah, quoique intéressant et souvent plus détaillé que ceux des historiens dont les ouvrages sont à notre disposition, ne peut passer cependant que pour un écho fidèle des bruits qui avaient cours parmi les personnes instruites, à l'époque où il visita l'Inde, il en est tout autrement d'une grande portion de ce qu'il nous apprend touchant le règne de ce second empereur de la dynastie toghlokide. Notre voyageur a passé plusieurs années dans les Etats, ou même à la cour de ce souverain; les importantes fonctions de judicature dont il fut investi par lui le mirent en relation avec la plupart des personnages influents de l'empire; ensin, il accompagna le camp impérial dans plus d'une circonstance mémorable. On ne peut donc refuser à la plus grande partie de ce qu'il nous raconte sur les actions de ce prince, la confiance due à tout témoin fidèle et désintéressé.

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Ibn Batoutah a prévu le sentiment d'incrédulité que pourraient exciter certains de ses récits touchant la munificence extraordinaire de Mohammed. Mais il a eu soin, à deux reprises, de protester de sa véracité, et cela dans les termes les plus forts, les plus énergiques ?. D'ailleurs ce qu'il dit à ce sujet est pleinement confirmé, tant par les témoignages de Khondémir et de Firichtah, que par celui d'un historien arabe contemporain, dont nous avons parlé dans la préface du premier volume (p. XII et xin). On remarquera même que l'auteur du Méçâlic alabsår, écrivain judicieux et exact, mais qui, n'ayant jamais visité l'Inde, tenait ses renseignements de voyageurs et de marchands, peut-être portés à l'exagération, se montre beaucoup moins modéré qu'Ibn Batoutab dans les chiffres qu'il assigne aux largesses du sultan, et dans les descriptions qu'il trace de la magnificence de ce souverain?

Nous nous bornerons à deux ou trois remarques pour ce qui concerne cette portion de l'ouvrage. Ibn Batoutah atteste qu'il a été présent à la rentrée de Mohammed dans sa capitale, au retour de quelques voyages; que, dans ces circonstances, trois ou quatre petites balistes, dressées sur des éléphants, lançaient aux assistants des pièces d'argent et d'or, que ceux-ci ramassaient. «Cela, ajoute notre auteur, commença au moment de l'entrée du sultan dans la ville, et dura jusqu'à son arrivée au château'». Une telle prodigalité peut paraître bien extraordinaire; et cependant Khondémîr affirme, d'après Dhiyai

'Voyez ci-dessous, p. 217 et 243.

* Voyez les Notices et extraits des mss., t. XIII, p. 181 à 210 et 217 à 221. * Ci-dessous, p. 238, 395, 396.

Berny, auteur contemporain de Mohammed, que le jour où ce prince sit son entrée à Dihly, six semaines après son avénement au trône, ses trésoriers ayant chargé, d'après ses ordres, de robustes éléphants, de pièces d'or et d'argent, répandirent celles-ci sur l'assistance, et cela durant tout l'espace compris depuis la porte de Dihly jusqu'à celle du palais impérial ?. Firichtah, qui répète ces détails, ajoute de plus qu'on jetait ces pièces de monnaie jusque sur les toits des maisons.

Il est question dans Ibn Batoutah (page 343) d'espions domestiques, que le souverain de l'Inde avait coutume de placer près de chaque émîr, quel que fût son rang. Firichtah nous apprend, en effet, que tel était l'usage d'un des prédécesseurs de Mohammed ibn Toghlok. « Le sultan 'Alâ eddîn, dit l'historien persan, établit des espions, de sorte que tout le bien et le mal commis par les habitants de la ville et du pays lui était parfaitement connu. Ce fut au point, que les conversations que les émirs et les hommes distingués de Dihly tenaient, la nuit, dans leurs maisons, avec leurs femmes et leurs enfants, l'empereur en avait connaissance dès le matin suivant.? Quand un de ces personnages paraissait en sa

| خازنان آن پادشاه جانم نشان حسب الفرمان تنگیان طلا ونقره بر فیلان گردون توان بارکرده بودند و از دروازه دهلی تا در دولتانه سلطانی در تمامی آن مسافن نقود نا معدود بر مفارق خاص

widgois ,lü plog. Habib assiyer, t. III, fol. 109 vo, 110 ro. Cf. Firichtah. t. 1, p. 236.

? Nous ne pouvons nous empêcher de faire observer qu'un fait particulier, raconté par Ibn Batoutah dans le passage cité plus haul, semble confirmer d'avance cette assertion de l'historien persan , postérieur de plus de deux siècles et demi à notre voyageur.

présence, Alâ eddîn lui remettait un écrit comprenant les propos de la nuit?».

On remarquera dans ce volume (p. 258-270) un long et piquant récit des aventures d'un descendant de l'avant-dernier khalife abbâcide de Bagdad, et du traitement magnifique qu'il éprouva de la part du sultan de l'Inde. Ici encore les assertions de notre auteur sont pleinement confirmées par Firichtah, dans lequel nous lisons ce qui suit : « Makhdoům Zâdeh ?, de Bagdad, lequel, en apparence, était de la famille d'Abbâs, étant arrivé dans l'Inde, l'empereur sortit à sa rencontre jusqu'à la petite ville de Pâlem, lui donna deux cent mille tengah, un district, le kiosque de Sîri, tout le revenu des terres comprises dans l'enceinte de la citadelle, et, enfin, plusieurs jardins. Toutes les fois que Makhdoùm Zadeh venait le voir, le sultan descendait de son trône, et après être allé quelques pas au-devant de lui, il le faisait asseoir à son côté sur ce trône, et lui témoignait la plus grande politesse 3 ».

Un reproche que l'on est en droit d'adresser à Ibn Batoutah, c'est d'avoir raconté à peu près au hasard, et sans suivre la succession chronologique des événements, les révoltes et les calamités auxquelles l'Inde fut en proie sous le règne de Mohammed. Ce manque d'ordre est d'autant plus regrettable, que nulle part on ne trouve de date qui vienne aider le lecteur à se reconnaître au milieu de ce récit, d'ailleurs si curieux. Pour remédier, autant que possible, à ce défaut, nous avons cru devoir

| Firichtah, t. I, p. 19o, ligne 2 et suiv.

· On voit dans Ibn Batoutah , p. 244, que tel était le titre honorifique de ce personnage.

* T. I, p. 249, 250.

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