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gloire et de valeur militaires. Mais, durant une longue série de 1878 guerres, les armes russes se sont illustrées sur bien des champs de bataille, et ont promené leur gloire jusque sous les murs d'Andrinople. Ce n'est pas là pourtant un titre à la propriété de la région des Balkans.

»On a invoqué encore des considérations de reconnaissance. La Roumanie sait pratiquer les devoirs de la gratitude, et l'a naintes fois prouvé. Elle n'oublie pas son histoire ni le nom de Les bienfaiteurs ; elle vénère en Catherine la Grande et en Nicolas I les généreux auteurs des traités de Kaïnardji et d'Andrinople.

» Mais elle garde aussi la mémoire des sacrifices qu'elle s'est imposés pour l'agrandissement, la fortune et la gloire de la Russie. Elle se rappelle que, depuis Pierre le Grand jusqu'à nos jours, elle a été tour-a-tour ou simultanément la base des opérations militaires de la Russie, le grenier où s'alimentaient ses armées, alors même qu'elles agissaient audelà du Danube, et le théâtre trop souvent préféré des plus terribles collisions.

» Elle se souvient aussi qu'en 1812 elle a perdu, au profit de la Russie, la moitié de la Moldavie, c'est-à-dire la Bessarabie du Pruth au Dniester.

»2. Nous demandons que le sol roumain ne soit pas assujetti à un droit de passage pendant l'occupation de la Bulgarie par les armées russes. Le Danube et la mer leur offrent les voies de transport et de communications les plus faciles et les moins coûteuses. La Roumanie après toutes ses épreuves, aspire à un repos absolu, nécessaire à la réparation des dommages causés par la guerre : ce serait une mauvaise condition, pour l'accomplissement de l'oeuvre réparatrice et pour la tranquillité de notre pays, que la circulation de troupes étrangères.

3. Il nous paraît juste que la Roumanie, en vertu de

titres séculaires, rentre en possession des îles et des bouches du Danube, y compris l'île des Serpents. Il y aurait dans cette restitution un retour équitable aux dispositions originaires par lesquelles les grandes puissances avaient confié en 1856 aux principautés danubiennes la garde de la liberté du Danube à son embouchure.

»4. Nous avons le forme espoir que la Roumanie recevra du gouvernement impérial de Russie une indemnité de guerre en proportion des forces militaires qu'elle a mises en ligne. Nous croyons légitime, à tous égards, que les dédommagements stipulés et obtenus par la Russie au des divers

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1878 états alliés soient répartis en raison de l'appoint militaire de

chacun des belligérants. Le gouvernement impérial a reconnu le principe de cette répartition en faveur de la Serbie et du Monténégro, et insiste sur son application.

» La Roumanie est fondée à en demander à son tour le bénéfice. En effet, obligée de tenir longtemps son armée mobilisée pour parer à des éventualités imminentes, elle a sous les drapeaux, tant

armée active

que comme armée de réserve, plus de 70.000 hommes. De plus, elle a subi des pertes considérables : ses villes et toute sa rire du Danube ont été saccagées par le bombardement, ses voies de communication détériorées, son matériel de guerre endommagé.

» Les compensations dues de ces différents chefs seraient prélevées sur l'indemnité totale allouée au Gouvernement impérial de Russie, et fournies en telle forme que le Congrès jugerait plus expédient.

»5. La Roumanie a confiance que son indépendance sera définitivement et pleinement reconnu par l'Europe.

son droit primordial, dont le principe avait été faussé par des équivoques historiques, s'ajoutent aujourd'hui les titres dont elle a régénéré, ou plutôt rajeuni la conquête sur les champs de bataille. Dix mille roumains sont tombés autour de Plévna pour mériter à leur patrie la liberté et l'indépendance.

» Mais tous ces sacrifices ne suffiraient pas à assurer à la Roumanie la pacifique disposition de ses destinées. Elle serait heureuse et reconnaissante de voir couronner ses efforts qui ont manifesté son individualité, par un bienfait européen. Ce bienfait serait la garanti réelle de sa neutralité, qui la mettrait en mesure de montrer à l'Europe qu'elle n'a d'autre ambition que d'être la fidèle gardienne de la liberté du Danube à son embouchure, et de se consacrer à l'amélioration de ses in-titutions et au développement de ses ressources.

» Tels sont, MM. les Plénipotentiaires, succinctement esposés, les voeux d'un petit état qui ne croit pas

avoir démérité de l'Europe, et qui fait, par notre organe, appel à la justice et à la bienveillance des grandes puissances dont vous êtes les éminents représentants.«

M. Bratiano lit ensuite les considerations ci-après :

» L'exposé que mon collègue, en nom et au mien. vient de tracer des droits et des intérêts de la Roumanie n'a pas besoin de plus longs développements.

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» La haute Assemblée, qui a pour mission de règler la 1878 situation de l'Orient, possède amplement toutes les données nécessaires à l'accomplissement de son oeuvre.

» Nous sommes persuadés que les sentiments de justice et de bienveillance qui nous ont ouvert un accès auprès de vous, détermineront aussi l'adoption des résolutions relatives à la Roumanie.

Je me permettrai simplement d'ajouter que la dépossession d'une partie de notre patrimoine ne serait seulement une profonde douleur pour la nation roumaine, elle détruirait en elle sa confiance dans l'efficacité des traités et dans l'observation tant de l'équité absolue que du droit écrit.

» Le trouble qu'éprouverait sa foi dans l'avenir paralyserait son pacifique développement et élan

le progrès.

»Je prends, en terminant, la respectueuse liberté de soumettre ces réflexions à la haute appréciation du grand conseil européen, et particulièrement aux illustres Représentants de Sa Majesté l'Empereur de Toutes les Russies, dont nous avons eu si souvent l'occasion d'apprécier l'esprit élevé et le coeur magnanime pendant son séjour parmi nous«.

Le Président dit que le Congrès examinera consciencieusement les observations présentées par les délégués de Roumanie.

Les représentants roumains s'étant retirés, l'ordre du jour appelle la continuation de l'examen du 1er alinéa de l'article V du traité de San Stefano.

Le Prince de Bismarck fait remarquer qu'il s'agit de savoir si les puissances entendent reconnaître l'indépendance de la Roumanie. Son Altesse Sérénissime rappelle qu'en 1856 l'union des principautés n'avait pas été admise que, depuis lors, la situation s'est modifiée, puisque la Valachie et la Moldavie se

sont réunies en un seul état; plusieures puissances ont reconnu cet état des choses en concluant avec la Roumanie des conventions commerciales. Toutefois, l'Europe seule a le droit de sanctionner l'indépendance; elle doit donc se demander sous quelles conditions elle prendra cette importante décision, et si elle regarde que les conditions seront les mêmes que celles déjà établies par le Congrès pour la Serbie.

M. Waddington déclare que, fidèles aux principes qui les ont inspirés jusqu'ici, les Plénipotentiaires de France

sens

1878 demandent que le Congrès pose à l'indépendance roumaine

à les mêmes conditions qu'à l'indépendance Serbe. Son Excellence ne se dissimule pas les difficultés locales qui existent en Roumanie, mais, après avoir mûrement ,

examiné les arguments qu'on peut faire valoir dans un

et dans l'autre, les Plénipotentiaires de France ont jugé préférable de ne point se départir de la grande règle de l'égalité des droits et de la liberté des cultes. Il est difficile, d'ailleurs, que le gouvernement roumain repousse, sur son territoire, le principe admis en Turquie pour ses propres sujets. Son Excellence pense qu'il n'y a pas à hésiter que la Roumanie, demandant à entrer dans la grande famille européenne, doit accepter les charges et même les ennuis de la situation dont elle réclame le bénéfice, et que l'on ne trouvera, de longtemps, une occasion aussi solennelle et décisive d'affirmer de nouveau les principes qui font l'honneur et la sécurité des nations civilisées. Quant aux difficultés locales, M. le Premier Plénipotentiaire de France estime qu'elles seront plus aisément surmontées. lorsque ces principes auront été reconnus en Roumanie et que la race juive saura qu'elle n'a rien à attendre que de ses propres efforts et de la solidarité de ses intérêts avec ceux des populations indigènes. M. Waddington termine en insistant pour que les mêmes conditions d'ordre politique et religieux indiquées pour la Serbie soient égale. ment imposées à l'état roumain.

Le Prince de Bismarck faisant allusion aux principes du droit public en vigueur d'après la constitution de l'empire allemand et à l'intérêt que l'opinion publique attache à ce que les mêmes principes suivis dans la politique intérieure soient appliqués à la politique étrangère, déclare s'associer, au nom de l'Allemagne, à la proposition française.

Le Comte Andrássy adhère à la proposition française.

Lord Beaconsfield dit qu'il donne une complète adhésion au nom du gouvernement anglais à la proposition française. Son Excellence ne saurait supposer un instant que le Congrès reconnaîtrait l'indépendance de la Roumanie en dehors de cette condition.

Les Plénipotentiaires italiens font la même déclaration.

Le Prince Gortchacow, se référant aux expressions par lesquelles a été motivée la proposition française et qui donnent la plus grande extension à la liberté religieuse, se rallie entièrement à cette proposition.

Le Comte Schouvalotf' ajoute que l'adhésion de la Russie à l'indépendance est cependant subordonnée à l'acceptation

contre

par la Roumanie de la rétrocession réclamée par le gouver- 1878 nement l'usse. Les Plénipotentiaires ottomans n'élèvent aucune objection

les principes présentés par les Plénipotentiaires français, et le Président constate que le Congrès est unanime à n'accorder l'indépendance à la Roumanie qu'aux mêmes conditions posées à la Serbie. Mais Son Altesse Sérénissime appelle l'attention de ses collègues sur la réserve que le Comte Schouvaloff vient de formuler, et d'après laquelle la reconnaissance de l'indépendance roumaine ne serait unanimement consentie par le Congrès que sous la condition que la Roumanie admettrait l'échange de territoire stipulé dans l'article XIX. M. Waddington, sans

faire à ce sujet de proposition formelle, s'adresse à l'esprit d'équité et de bienveillance du gouvernement russe et demande s'il ne serait pas possible de donner quelque satisfaction à la Roumanie. En entrant dans cette voie les Plénipotentiaires de Russie apporteraient un grand soulagement aux préoccupations de conscience de plusieurs de leurs collègues. Les paroles prononcées hier par le Prince de Bismarck ont indiqué sans doute l'intérêt qui s'attache, pour le succès de l'oeuvre du Congrès, à la conclusion prompte et définitive de l'échange dont il est question : il est opportun, en effet, de ne point prolonger un état de choses qui engage l'amour-propre d'un grand empire ; mais, si tel est le sentiment des Plénipotentiaires français, ils considèrent en même temps que les roumains ont été traités un peu durement, et que la compensation qui leur est offerte, n'est pas suffisante. Depuis la réunion du Congrès, la France a toujours conseillé à la Roumanie d'accepter la rétrocession de la Bessarabie, mais M. Waddington croit devoir faire entendre, au nom de son gouvernement, un appel aux sentiments équitables de la Russie, et exprime le désir qu'il soit accordé à la Principauté une extension de territoire au midi de la Dobroutscha qui compendrait Silistrie et Mangalia.

Le Comte Andrássy a souvent rappelé que le Gouvernement austro-hongrois a principalement en vue la recherche de solutions définitives susceptibles de prévenir des complications ultérieures. C'est dans cet ordre d'idées qu'il a été d'avis que le Congrès entendit les délégués roumains; c'est encore dans la même pensée que Son Excellence, en se réservant d'insister, lorsqu'il sera question de la navigation du Danube, sur le principe de la liberté la plus complète, désirerait aujourd'hui que le Congrès prononçat l'annexion de

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